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vendredi 8 juin 2012

Article: Bertrand Cadart fait son cinéma



A l’occasion de la cinquième édition du festival tasmanien de France à Freycinet, l’on retrouve le temps d’un diner culturel francophile à Triabunna tout l’univers policé et embourgeoisé d’Agatha Christie. L’on s’attendrait presque à trouver un cadavre gorgé d’eau dans le varech qui jonche le littoral de Swansea pour animer cette petite commune paisible gérée par Bertrand Cadart, un Hercule Poirot de circonstance qui, de temps à autre, se plaît à tortiller sa moustache fleurie. Mais les seuls cadavres bien en vue sont sur les tables où les pinots et les chardonnays de la région se dégustent sans modération. D’un air débonnaire, le « French Mayor » prend la parole avant de se retirer sur un bon mot en attirant l’attention sur une coquille laissée dans le menu qui rend un hommage appuyé à la gastronomie française. L’auditoire captif s’esclaffe : l’opération de séduction est réussie.
Pour ce qui est du goût de la représentation, du sens de la répartie, de la maîtrise de l’image publique, du don comique et de la mise en scène dramaturgique, Bertrand Cadart a été a bonne école et ne manque pas de l’évoquer lors d’un autre diner (On l’aura compris : en Tasmanie, on aime la bonne chère). Mû par la volonté de devenir acteur, il intègre les cours Simon à Paris dans les années 1960 et absorbe le moindre conseil pendant trois ans, avant d’élargir son répertoire en devenant membre du théâtre français de Melbourne. La politique où, de l’aveu de l’intéressé, le retour sur investissement de ces années de formation est considérable ne viendra que plus tard, après un parcours éclectique dans les méandres du journalisme.
Celui qui se présente volontiers comme le seul maire français en exercice en Australie et qui ne rate jamais une opportunité de se singulariser souligne ses débuts au cinéma dans Mad Max (1979), un film qu’il viendra présenter au festival de La Foa au mois de juin. Calendrier maya oblige, la programmation en 2012 de ce film-culte du cinéma australien est un clin d’œil anniversaire à l’époque à laquelle se situe l’intrigue post-apocalyptique de George Miller.  Parmi les reliques de son passé cinématographique que le maire viendra présenter avec enthousiasme au public néo-calédonien, on compte le script original, quelques photos inédites de l’habillage des Kawasakis Z1000 dont il avait la charge, et les bottes de Clunk. Et si d’aventure quelqu’un aurait l’imprudence de lui demander « Mais qui est ce Clunk ? », Bertrand Cadart répondra par une goguenardise : « C’est l’acteur qui a sodomisé l’éléphant rose », une scène qui au bout du compte n’a pas été retenue par le réalisateur australien. Mais si vous êtes friands d’histoires cocasses et vous croisez le French Mayor dans les rues de La Foa, n’hésitez pas à aller à sa rencontre et notre Hercule Poirot de Soissons, tortillant un peu plus sa moustache, ne manquera pas de lever ce mystère.       
Jean-François VERNAY.
http://jean-francoisvernay.blogspot.com
Voir aussi la galerie de photos en mai 2012.

Article paru dans Challenge 116, juin/juillet 2012, p.25.

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