counter

lundi 5 septembre 2011

Charles Billich ou l’évasion surréaliste


Charles Billich ou l’évasion surréaliste.

Charles Billich est l'un des doyens de la peinture contemporaine australienne. Son style peut se définir comme un savant mélange de figuratif (pour la note réaliste) et d'abstrait, sur fond d'art graphique qui donne à ses oeuvres un aspect épuré, le tout parfois rehaussé d'une touche surréaliste qui sert ses visées métaphysiques. Bien souvent, ses huiles ont l'effet tendre et léger des aquarelles, un effet que l'artiste allie parfois à l'usage du chiaroscuro, la technique du clair-obscur.

A chaque grand maître son égérie. Si Picasso avait sa Dora, Dalí sa Gala ; Billich, quant à lui a sa Christa qui, depuis leur première rencontre en 1985, a inspiré pendant plusieurs années une bonne partie des nus exécutés par Charles. Billich fait partie de ces peintres de nus qui ont élevé cette spécialité au rang du sensuel. Pour reprendre ses propos : « Mon style d'art érotique relève plus de la clarté esthétique que de l'explicite. Mes penchants sont plus d'ordre sentimental que charnel, plus d'ordre introspectif que descriptif, plus d'ordre ludique que désinvolte ».

Il n'y a rien de sexuel dans ses nus : le regard de la femme n'est pas lascif et les rondeurs se font rares. Ses femmes sont plutôt menues, graciles et gracieuses. Les couleurs à dominante rouge orangé expriment toute la passion qui émane de ces poses. C'est tout juste si le spectateur ne campe pas, malgré lui, le rôle du voyeur dans un flou artistique qui évoque l’onirisme surréaliste (1).

Le travail de l'artiste repose aussi bien sur la rémanence d'images mentales issues de souvenirs que sur un effort d'imagination. Des images s'offrent à son esprit sous forme de souvenirs déformés, voire « hyperbolés ». Billich s'explique ainsi : « Je manipule la réalité. Je la transforme en une sorte d'analyse symbolique qui fonctionne à divers degrés de signification. Il y a une pointe d'ironie dans ma peinture à l'instar de toute œuvre surréaliste, elle contient une bonne dose d'humour ».

Dans Rings of Confidence (1996), Billich prend sa revanche sur une passion d'enfance qu'il n'a pas pu nourrir bien longtemps, à savoir son expérience éphémère du ballet dans la troupe de l'Opéra de Rijeka. C’est cette même obsession qui surgit une dizaine d’années plus tard avec Bolshoi White Nights (2007), une peinture aux accents surréalistes qui trahit le fantasme personnel du peintre : celui d’échapper au poids tyrannique de la gravité. Comme il l’indique, « Alors je rêve d’un monde exempt de gravité où l’espace revêt une signification tout autre et où nos facultés empruntent à celles des geckos […]. Grâce à l’agravitationisme, je parviens à gérer la complexité, en l’emportant sur la restriction spatiale de la linéarité, transcendant les limites de la toile, me libérant des lois de la physique et de la logique afin de diffuser mon message pictural tous azimuts ».

On peut aller jusqu'à dire que, de manière générale, sa pente surréaliste est le reflet de ses obsessions, de ses fantasmes et de ses projets avortés. Dans Rings of Confidence, le peintre défie la réalité de la pesanteur et des limites du corps humain par la mise en scène d'un ballet aérien où tout n’est que légèreté. Le personnage central, le seul danseur masculin au premier plan, s'envole presque au firmament. Il pourrait être analysé comme la projection fantasmatique de l’artiste qui souhaiterait ainsi, de manière symbolique, mener à bien son rêve de danseur étoile. Comme pour se consoler, Charles Billich peint dans les nuages, enivré des feux de son imagination, et ce pour le plus grand plaisir de ses admirateurs. On pourrait voir en lui une étoile qui n’a pas fini de briller au firmament de la peinture australienne.

Jean-François VERNAY, spécialiste de la culture australienne, est l’auteur de Panorama du roman australien des origines à nos jours (Paris : Hermann, 2009).

http://jean-francoisvernay.blogspot.com/2011/08/panorama-du-roman-australien-des_24.html

Notes :

(1) Cf. Jean-François Vernay, « ‘La poésie de la sensualité’ : les nus de Charles Billich », Correspondances Océaniennes 2 : 2 (décembre 2003), pp. 22-3. Aussi disponible sur ce blog.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.