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lundi 19 septembre 2011

Archives : Janette Turner Hospital

· ‘Janette Turner Hospital ou l’exploration du labyrinthe polymorphe de l’existence’. Correspondances Océaniennes 4 : 1 (Nouméa), Oct.2005, pp.29-30.

Janette Turner Hospital a mené une vie placée sous le signe de la mobilité depuis sa plus tendre enfance. Née à Melbourne en 1942, elle s’installe à Brisbane en 1950 pour suivre ensuite des cours à l’Université du Queensland, d’où elle en ressort licenciée ès lettres. Elle embrasse une carrière d’enseignante avant d’épouser en 1965 Clifford Hospital qu’elle suivra à Boston (Etats-Unis). De départs en départs, elle séjourne tour à tour au Canada, aux Etats-Unis, au Royaume Uni, en Inde et en France. 1982 fut l’année de la consécration lorsqu’elle reçoit le prix littéraire canadien Seal pour la publication de son premier roman, The Ivory Swing. Jouissant du statut de « professeur invitée » dans de nombreuses facultés, Janette Hospital cumule les hommages universitaires et les prix littéraires à l’étranger mais ne parvient pas à être reconnue à sa juste valeur en Australie. Ainsi, elle reçut en 2003 le Patrick White Award, prix qui récompense un auteur âgé lésé dans la reconnaissance de son œuvre. Traduite dans de nombreuses langues, elle a publié à ce jour huit romans dont un policier sous le nom de plume d’Alex Juniper, ainsi que trois recueils de nouvelles.

Correspondances Océaniennes : Que vous inspire votre situation d’écrivain expatrié ? Avez-vous toujours cette impression d’être à cheval sur deux mondes, à savoir l’Australie et les Etats-Unis?

Janette Turner Hospital : Je trouve que cette question manque quelque peu d’à-propos dans notre monde postmoderne qui se distingue par sa grande mobilité. Par ailleurs, je ne me suis jamais considérée comme une « ex » pour quoi que ce soit. Je fais chaque année des séjours prolongés en Australie et j’ai passé de longs moments dans six pays différents qui à présent font partie de moi. Ils figurent tous dans mes écrits mais j’ai des racines profondes en Australie.

C.O. : Si l’on s’en tient à vos romans, il semble que vous soyez plus une adepte de l’internationalisme que du nationalisme. Est-ce une explication pour vos nombreux prix littéraires internationaux et votre insuccès à obtenir la plus prestigieuse des récompenses australienne, le Miles Franklin? En tant que lauréate du prix Patrick White, avez-vous du mal à accepter le fait que vos livres «n’ont pas été appréciés à leur juste valeur » en Australie depuis vos débuts littéraires ?

J.T.H. : En début de carrière, les prix ont leur importance en ce qu’ils vous encouragent à poursuivre vos efforts. Oui, jadis j’ai été meurtrie par cette reconnaissance et ce soutien de taille qui venaient de tous horizons SAUF de mon pays. Cependant, il arrive un moment où tout ce qui importe dans l’acte d’écriture, dans l’élaboration du roman, ainsi que dans l’appréciation de l’œuvre, c’est de pouvoir compter sur soi. J’ai la critique facile car je suis difficile à satisfaire. Je pense que j’ai beaucoup de chance de pouvoir consacrer tout mon temps à l’écriture et à l’enseignement de la littérature.

C.O. : En tant que romancière, avez-vous le sentiment de pouvoir écrire sur tout ce qu’il vous plaît ou est-il des sujets et des genres que vous ne souhaitez pas aborder ?

J.T.H. : Un(e) romancier(-ère) peut aborder n’importe quel sujet qu’il/elle est à même d’explorer dans les moindres détails. Par exemple, je travaille à l’heure actuelle sur un personnage d’origine afro-américaine qui évolue dans une zone de combat au Moyen Orient. De toute évidence ce n’est pas mon ethnie et je n’ai jamais fait la guerre. Cependant, je compte parmi mes étudiants des anciens combattants de la guerre de Corée, du Vietnam, d’Afghanistan et d’Irak. Je passe beaucoup de temps en leur compagnie, à écouter leurs histoires ou à recueillir leurs réactions instinctives. Et à chaque fois que j’écris un dialogue impliquant des personnages afro-américains, je fais lire mes écrits à mes étudiants afin de m’assurer que mon argot et mes tournures idiomatiques sont authentiques. J’ai procédé de la même façon avec Oyster : des Aborigènes issus de Cunnamulla (dans la partie occidentale du Queensland) m’ont renseigné et ont vérifié le contenu du tapuscrit. Tout romancier(-ère) qui se respecte se doit d’avoir un récit qui sonne juste. Il est déconseillé d’aborder des thèmes dont vous n’avez pas la maîtrise.

C.O. : Vous avez déclaré dans un entretien accordé à Candida Baker dans les années 1980 que la nouvelle demeure votre genre littéraire préféré ? Est-ce toujours le cas ?

J.T.H. : J’aime la nouvelle et le roman (en tant qu’écrivain et enseignante) et je passe souvent d’un genre à l’autre. Il est clair que la nouvelle exige de moi un investissement plus intense pour chaque paragraphe que le roman. C’est un genre plus astreignant, donc en effet je pencherais plus pour la nouvelle parce qu’elle vous oblige à vous surpasser davantage que le roman.

C.O. : Vous faites partie de cette nouvelle génération d’écrivains qui bénéficient d’une approche plus théorique du roman, soit parce qu’ils en ont appris l’art sur les bancs de l’université, soit parce qu’ils enseignent la littérature comme vous le faites. Est-ce que cela a une incidence sur votre écriture ?

J.T.H. : Avant toute chose, je tiens à préciser que je n’ai jamais appris l’art du roman sur les bancs de la faculté, et quand bien même j’enseigne la littérature, l’écriture littéraire et la théorie littéraire à l’Université de la Caroline du sud, mon écriture ne repose pas sur des fondements théoriques. Elle puise sa source en mon for intérieur. Les lecteurs et les chercheurs peuvent inférer des schémas et échafauder des théories à l’envi en étudiant plusieurs de mes romans, mais ce n’est pas le point de départ de mon écriture, cela ne fonctionne pas ainsi.

Quant à mes ateliers d’écriture, je suis fière de pouvoir compter parmi les productions littéraires de mes élèves quelques nouvelles publiées dans d’illustres revues littéraires et deux romans primés. J’entraîne simplement mes étudiants, qui se font un nom grâce à leur talent et passion conjugués, à jeter un regard des plus critiques sur leurs récits.

C.O. : Pensez-vous que vos écrits révèlent les cicatrices de vos “souvenirs d’expériences extrêmes, des blessures dont vous avez souffert ou que vous avez infligées” pour reprendre l’épigraphe de Primo Lévi dans Charades ?

J.T.H. : Un bon récit doit tout naturellement s’inspirer de la complexité des expériences de la vie. J’entends par là mes expériences personnelles et celles des personnes qui croisent mon chemin. Mais l’art possède le don de la métamorphose et c’est la raison pour laquelle vous ne pouvez établir de liens directs entre l’existence que mène un écrivain et son art.

Le mal et la façon dont les gens traversent les épreuves de la vie à la suite d’un traumatisme m’ont toujours fascinée. Je ne fais qu’explorer ce labyrinthe qui n’a de cesse de se présenter à nous sous des formes constamment renouvelées.

Propos recueillis par Internet et traduits de l’anglais par Jean-François VERNAY.

http://jean-francoisvernay.blogspot.com/2011/08/panorama-du-roman-australien-des_24.html

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