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lundi 19 septembre 2011

Archives: Le brûlot de David Williamson

Source: David Williamson. "La croisière s’amuse" (Cruise Ship Australia), Correspondances océaniennes 5: 1, April 2006, 20-22.



Le 12 octobre 2005 paraissait un véritable brûlot sous la plume acerbe du dramaturge australien et désormais retraité David Williamson. Nous avons souhaité traduire de larges extraits de cet article dans lequel l’auteur compare son pays natal à un paquebot. Après avoir expliqué les circonstances de sa croisière à destination de la Nouvelle-Calédonie, il file la métaphore que lui inspire son voyage.

La croisière s’amuse.

[…]. Il m’a semblé que ce bateau était une métaphore de l’Australie. Le paquebot Australie, isolé dans les mers du sud mettant le cap sur Dieu sait où. Et en fait, à l’instar de l’Australie, un grand nombre de croisiéristes n’avaient cure de leur destination. C’était la croisière en elle-même qui importait : le bronzage, le bavardage, les repas, le débit ininterrompu des boissons, et l’indispensable divertissement à bord. […]

La nuit il y avait sur le pont des fêtes tropicales avec de longues files indiennes d’amateurs de conga qui scandaient « Olé ! Olé !» sous l’œil vigilant du très souple Shona, notre Oberführer. Il y avait aussi les spectacles nocturnes dans lesquels des danseurs australiens rompus à l’exercice ont joué des extraits de comédies musicales américaines. Et si vous vouliez quelque chose de plus après cela, il y avait toujours un film américain euphorisant sur grand écran, sirupeux à souhait et dans lequel le grand amour triomphait. Là encore, tout comme ce qui se passe en Australie de manière générale, on n’y jouait aucune chanson et aucun film australiens, les questions du jeu-concours portaient toutes sur les célébrités du cinéma américain […]. La seule chose australienne de cette Australie aspirante semblait être l’accent.

Les chroniqueurs et commentateurs de la droite ont coutume de tourner en ridicule ce qu’ils nomment « les élites ». Les élites ne comptent sans doute pas parmi les Australiens ambitieux. Les chroniqueurs nous font accepter avec empressement le fait que la sagesse se loge dans cette Australie ambitieuse et qu’elle est absente des rangs de ces veules élites qui cultivent un intérêt péteux pour l’art, pour le cinéma, et poussent leur générosité jusqu’à s’inquiéter pour l’avenir de l’Australie et, en fait, de la terre entière. […] Peut-être qu’ils se raviseront après avoir passé quelque temps à bord d’un navire de croisière.

Une fois à quai, à Nouméa, le merveilleux Centre Culturel Tjibaou, conçu par l’architecte Renzo Piano, était la chose à ne pas manquer. C’était une des options proposées en plus de la tournée des magasins ou d’une journée au Club Med. Non seulement l’ouvrage, avec ses ellipses en bois qui s’élancent vers le ciel, est le plus beau joyau architectural au monde, mais il regorge des plus belles pièces de l’art mélanésien. A l’intérieur d’une seule salle, de gigantesques totems de Mélanésie sculptés se dressaient l’un contre l’autre. Leurs styles bien différents et hautement imaginatifs proviennent cependant, à l’évidence, de racines communes. La formule selon laquelle l’art évolue et se différencie avec l’efflorescence de l’imagination s’imposait à l’esprit.

Parmi les 2000 croisiéristes à bord, une petite vingtaine a choisi de découvrir cette structure magnifique. Parmi eux, la moitié était des Chinois de Hongkong récemment implantés en Australie. Le reste des passagers était parti se prélasser au Club Med et siroter des cocktails ornés d’ombrelles en papier ou fureter en vain une bonne affaire parmi les produits en provenance de Chine rendus trop onéreux en raison du plus exorbitant des taux de change dans le Pacifique Sud.

C’était à peu près à ce moment là que j’ai décidé qu’il était légitime « d’ambitionner » de ne pas être ambitieux.

Le contraste avec une autre croisière que nous avons fait ne pouvait être plus cinglant. Un paquebot britannique nous a transporté de Hongkong jusqu’au Vietnam, Cambodge puis Singapour. D’excellents conférenciers en provenance d’Oxford et d’autres universités de marque ont discouru matin et après-midi sur la géographie, l’histoire, la culture et les arts des lieux que nous étions sur le point de visiter. Cela ressemblait à une université flottante du meilleur tonneau. Nous dûmes arriver en avance et nous battre pour avoir des places puisque des foules de Britanniques âgés, mais ayant bon pied bon œil, jouaient des coudes pour s’asseoir au premier rang. Nombreux furent ceux qui prenaient des notes abondantes.

Il y avait une véritable soif de connaissances et lorsque nous visitâmes les choses dont nous avions été informés, personne n’essaya d'enjoliver l’expérience. Au Cambodge, en plus des fabuleuses ruines d’Angkor Vat, nous avons également vu l’horrible camp S21 (anciennement le lycée Tuol Sleng) où des milliers de gens ont été torturés à mort dans les salles de classe. Les lits auxquels ils étaient ligotés et les instruments de torture utilisés, étaient encore sur le site. Inchangés, les murs et les sols étaient maculés de sang, et dans la dernière pièce nous avons vu un monticule de crânes empilés. Par contraste avec l’hédonisme insouciant de la croisière australienne, on nous livrait un monde d’une réalité complexe et brutale. […]

A l’inverse, à bord de la croisière australienne, on ne se souciait guère de rien. Aucune question ne fut posée pour savoir pourquoi le paquebot Australie était si béni des dieux sur le plan matériel. […]

Et personne n’a fait la moindre allusion au sort des vrais ambitieux à bord, les membres de l’équipage indonésiens et philippins qui, loin de leurs familles pendant près de 10 mois, travaillent pour une maigre pitance. Et personne ne s’est posé la question pourquoi ils ont ce style de vie et nous un autre.

A priori, le credo est : quelle que soit la chose dont nous – Australiens – jouissons, nous le méritons largement. Doit-on attribuer cela à une population faible et docile qui en vint à hériter des Britanniques un intérêt pour les droits de l’homme, le droit juridique et parlementaire, dans un pays où les ressources semblaient, à l’origine, être inépuisables ? Un pays où l’eau coule à flots, doté de vastes réserves de charbon, de minerai de fer, d’or, et de bien d’autres métaux, et qui pullule de verts pâturages destinés aux moutons, au blé et aux vaches. Un pays où il était relativement aisé d’écarter le peuple premier.

A ceci près que les apparences se sont révélées trompeuses. En fait nous avons hérité d’un écosystème d’une grande fragilité ; le plus fragile au monde après l’Islande, en toute vraisemblance. Et la vérité, Olé ! Olé !, c’est que nous sommes tous en sursis.

A l’image d’un paquebot de croisiéristes hédonistes, nous traversons le temps – pas en direction d’une île tropicale bordée de palmiers, mais vers un destin qui invite à la réflexion. Nous allons être épargnés, tout comme nos enfants, en toute probabilité ; mais nos petits-enfants vont certainement connaître une Australie bien différente de la nôtre et moins généreuse. […]

Le paquebot Australie se nourrit de ressources qui ont été accumulées au cours de milliards d’années. On ronge notre passé à une vitesse prodigieuse. Nos petits-enfants ne vont pas avoir la vie aussi facile que nous.

La parade logique à cet argument est de voir en la technologie une véritable panacée. On peut entamer notre avenir en toute quiétude puisque les scientifiques vont venir à la rescousse avec de nouvelles sources d’énergie propre qui sauveront la situation. […]

Même si des remèdes technologiques nouveaux et miraculeux voient subitement le jour, ils auront à coup sûr quelque inconvénient. La technologie ne s’est que très rarement présentée comme une solution à un problème. A court terme, elle peut nous offrir des petits plus, mais elle nous amène systématiquement de nouveaux problèmes durables qui sont de plus en plus difficiles à régler. […]

Nul doute que l’ambitieuse Australie continuera à faire la fête, à s’amuser sur le pont et à comparer les prix, mais lorsque le paquebot finira par accoster, les Australiens pourront sans doute apercevoir une destination bien plus sinistre qu’ils ne l’auraient imaginée. J’ai terminé ma croisière avec le sentiment que les « élites » ont tout à fait le droit d’admettre que ce qui leur parle le plus ce sont les œuvres d’art et de l’intellect conçues par nos plus grands esprits créateurs et penseurs, que l’intelligence et la curiosité intellectuelle ne sont pas une espèce d’attitude répugnante anti-australienne, et que penser avec sérieux l’avenir de notre pays et de notre planète à long terme ne constitue pas une sorte de trahison culturelle.

Si vous avez foi en des valeurs plus nobles que le cumul de la richesse matérielle, arborez-les telle une Légion d’honneur la prochaine fois qu’un journaliste pharisaïque se servira péjorativement contre vous du mot « élite ». C’est cette accumulation obsessionnelle de biens matériels, encouragée par des gouvernements qui ne vénèrent pratiquement que la croissance économique, qui nous condamne, à terme, à la probabilité d’un scénario-catastrophe qui impliquera l’Australie et, plus largement, la terre entière.

David WILLIAMSON,

Dramaturge.

Traduit de l’anglais (australien) par Jean-François VERNAY.

Article paru sous le titre original de « Cruise Ship Australia ».

http://jean-francoisvernay.blogspot.com/2011/08/panorama-du-roman-australien-des_24.html

Archives : Janette Turner Hospital

· ‘Janette Turner Hospital ou l’exploration du labyrinthe polymorphe de l’existence’. Correspondances Océaniennes 4 : 1 (Nouméa), Oct.2005, pp.29-30.

Janette Turner Hospital a mené une vie placée sous le signe de la mobilité depuis sa plus tendre enfance. Née à Melbourne en 1942, elle s’installe à Brisbane en 1950 pour suivre ensuite des cours à l’Université du Queensland, d’où elle en ressort licenciée ès lettres. Elle embrasse une carrière d’enseignante avant d’épouser en 1965 Clifford Hospital qu’elle suivra à Boston (Etats-Unis). De départs en départs, elle séjourne tour à tour au Canada, aux Etats-Unis, au Royaume Uni, en Inde et en France. 1982 fut l’année de la consécration lorsqu’elle reçoit le prix littéraire canadien Seal pour la publication de son premier roman, The Ivory Swing. Jouissant du statut de « professeur invitée » dans de nombreuses facultés, Janette Hospital cumule les hommages universitaires et les prix littéraires à l’étranger mais ne parvient pas à être reconnue à sa juste valeur en Australie. Ainsi, elle reçut en 2003 le Patrick White Award, prix qui récompense un auteur âgé lésé dans la reconnaissance de son œuvre. Traduite dans de nombreuses langues, elle a publié à ce jour huit romans dont un policier sous le nom de plume d’Alex Juniper, ainsi que trois recueils de nouvelles.

Correspondances Océaniennes : Que vous inspire votre situation d’écrivain expatrié ? Avez-vous toujours cette impression d’être à cheval sur deux mondes, à savoir l’Australie et les Etats-Unis?

Janette Turner Hospital : Je trouve que cette question manque quelque peu d’à-propos dans notre monde postmoderne qui se distingue par sa grande mobilité. Par ailleurs, je ne me suis jamais considérée comme une « ex » pour quoi que ce soit. Je fais chaque année des séjours prolongés en Australie et j’ai passé de longs moments dans six pays différents qui à présent font partie de moi. Ils figurent tous dans mes écrits mais j’ai des racines profondes en Australie.

C.O. : Si l’on s’en tient à vos romans, il semble que vous soyez plus une adepte de l’internationalisme que du nationalisme. Est-ce une explication pour vos nombreux prix littéraires internationaux et votre insuccès à obtenir la plus prestigieuse des récompenses australienne, le Miles Franklin? En tant que lauréate du prix Patrick White, avez-vous du mal à accepter le fait que vos livres «n’ont pas été appréciés à leur juste valeur » en Australie depuis vos débuts littéraires ?

J.T.H. : En début de carrière, les prix ont leur importance en ce qu’ils vous encouragent à poursuivre vos efforts. Oui, jadis j’ai été meurtrie par cette reconnaissance et ce soutien de taille qui venaient de tous horizons SAUF de mon pays. Cependant, il arrive un moment où tout ce qui importe dans l’acte d’écriture, dans l’élaboration du roman, ainsi que dans l’appréciation de l’œuvre, c’est de pouvoir compter sur soi. J’ai la critique facile car je suis difficile à satisfaire. Je pense que j’ai beaucoup de chance de pouvoir consacrer tout mon temps à l’écriture et à l’enseignement de la littérature.

C.O. : En tant que romancière, avez-vous le sentiment de pouvoir écrire sur tout ce qu’il vous plaît ou est-il des sujets et des genres que vous ne souhaitez pas aborder ?

J.T.H. : Un(e) romancier(-ère) peut aborder n’importe quel sujet qu’il/elle est à même d’explorer dans les moindres détails. Par exemple, je travaille à l’heure actuelle sur un personnage d’origine afro-américaine qui évolue dans une zone de combat au Moyen Orient. De toute évidence ce n’est pas mon ethnie et je n’ai jamais fait la guerre. Cependant, je compte parmi mes étudiants des anciens combattants de la guerre de Corée, du Vietnam, d’Afghanistan et d’Irak. Je passe beaucoup de temps en leur compagnie, à écouter leurs histoires ou à recueillir leurs réactions instinctives. Et à chaque fois que j’écris un dialogue impliquant des personnages afro-américains, je fais lire mes écrits à mes étudiants afin de m’assurer que mon argot et mes tournures idiomatiques sont authentiques. J’ai procédé de la même façon avec Oyster : des Aborigènes issus de Cunnamulla (dans la partie occidentale du Queensland) m’ont renseigné et ont vérifié le contenu du tapuscrit. Tout romancier(-ère) qui se respecte se doit d’avoir un récit qui sonne juste. Il est déconseillé d’aborder des thèmes dont vous n’avez pas la maîtrise.

C.O. : Vous avez déclaré dans un entretien accordé à Candida Baker dans les années 1980 que la nouvelle demeure votre genre littéraire préféré ? Est-ce toujours le cas ?

J.T.H. : J’aime la nouvelle et le roman (en tant qu’écrivain et enseignante) et je passe souvent d’un genre à l’autre. Il est clair que la nouvelle exige de moi un investissement plus intense pour chaque paragraphe que le roman. C’est un genre plus astreignant, donc en effet je pencherais plus pour la nouvelle parce qu’elle vous oblige à vous surpasser davantage que le roman.

C.O. : Vous faites partie de cette nouvelle génération d’écrivains qui bénéficient d’une approche plus théorique du roman, soit parce qu’ils en ont appris l’art sur les bancs de l’université, soit parce qu’ils enseignent la littérature comme vous le faites. Est-ce que cela a une incidence sur votre écriture ?

J.T.H. : Avant toute chose, je tiens à préciser que je n’ai jamais appris l’art du roman sur les bancs de la faculté, et quand bien même j’enseigne la littérature, l’écriture littéraire et la théorie littéraire à l’Université de la Caroline du sud, mon écriture ne repose pas sur des fondements théoriques. Elle puise sa source en mon for intérieur. Les lecteurs et les chercheurs peuvent inférer des schémas et échafauder des théories à l’envi en étudiant plusieurs de mes romans, mais ce n’est pas le point de départ de mon écriture, cela ne fonctionne pas ainsi.

Quant à mes ateliers d’écriture, je suis fière de pouvoir compter parmi les productions littéraires de mes élèves quelques nouvelles publiées dans d’illustres revues littéraires et deux romans primés. J’entraîne simplement mes étudiants, qui se font un nom grâce à leur talent et passion conjugués, à jeter un regard des plus critiques sur leurs récits.

C.O. : Pensez-vous que vos écrits révèlent les cicatrices de vos “souvenirs d’expériences extrêmes, des blessures dont vous avez souffert ou que vous avez infligées” pour reprendre l’épigraphe de Primo Lévi dans Charades ?

J.T.H. : Un bon récit doit tout naturellement s’inspirer de la complexité des expériences de la vie. J’entends par là mes expériences personnelles et celles des personnes qui croisent mon chemin. Mais l’art possède le don de la métamorphose et c’est la raison pour laquelle vous ne pouvez établir de liens directs entre l’existence que mène un écrivain et son art.

Le mal et la façon dont les gens traversent les épreuves de la vie à la suite d’un traumatisme m’ont toujours fascinée. Je ne fais qu’explorer ce labyrinthe qui n’a de cesse de se présenter à nous sous des formes constamment renouvelées.

Propos recueillis par Internet et traduits de l’anglais par Jean-François VERNAY.

http://jean-francoisvernay.blogspot.com/2011/08/panorama-du-roman-australien-des_24.html

Retrouvez Jean-François Vernay sur Facebook et LinkedIn!

jeudi 15 septembre 2011

The demise of Australian Literary Review


Australian news sources, including the media website Crikey, are reporting the closure of the Australian Literary Review (ALR). The review journal lost funding from the Group of Eight universities in August 2011 and support from the Australia Council for the Arts and the Pratt Foundation has also expired.

Literary critic and ALR contributor Peter Craven told Crikey: 'Obviously it will be a great loss ... It was a fine thing that News Limited with their backing from the universities could produce a highbrow monthly that addressed itself to literary and intellectual matters and it will be a matter of some sadness to the Australian literary and intellectual world that it’s no longer there.'

The final issue of ALR will be published in October 2011. The full Crikey article about ALR's demise is available here.

Local Writers’ Word Festival 2011 – CALL FOR ENTRIES


Submissions close Friday 4 November

Event Information
The annual Woollahra Council Local Writers' Word Festival is seeking entries from budding authors wishing to be included in this year’s festival. We invite submissions from small-press or self-published authors of fiction, non-fiction or poetry living in the Woollahra Municipality or neighbouring municipalities. Ten shortlisted writers will be selected to present their work at the festival on Saturday 26 November.

The Local Writers’ Word Festival is about celebrating local, emerging talent. We’re giving writers the chance to have their work judged by industry professionals and providing a platform to showcase their work. Ten shortlisted writers will be interviewed in front of festival audiences and have the chance to sell their work on the day. Cash prizes of $500 for best fiction, non-fiction and poetry are up for grabs. For full Terms & Conditions for entry and to download an application form please visit http://www.woollahra.nsw.gov.au/library/events.

Not submitting any entries? Members of the public are also welcome to attend the festival. Come along to hear exclusive talks by Australian authors, poets and industry heads, attend a workshop on how to get published and meet some emerging local talent at this exciting community event.

Held in Woollahra Council overlooking Sydney Harbour’s famous Red Leaf Bay, this year’s festival features an eclectic array of guest speakers, including international bestselling author Adriana Koulias discussing her journey from struggling self-published author to international bestseller. Participants will also hear discussions on the state of poetry from The Red Room’s Johanna Featherstone and receive top tips on promotion from the Head of Publicity at Allen & Unwin, Andy Palmer. And Irina Dunn will be sharing her wealth of experience in the fields of publishing, editing and manuscript appraisal in a special one-hour workshop on how to get published.

Whether you’re an aspiring writer seeking recognition for your work or just interested in hearing talks by Australia’s leading writers, the Local Writers’ Word Festival is not to be missed. Places are limited and pre-purchased tickets are essential.


Booking Details:

For full Terms & Conditions for entry and to download an application form please visit: http://www.woollahra.nsw.gov.au/library/events

When:

Submissions close Friday 4 November.

Shortlisted writers will be contacted by Wednesday 16 November.

The Local Writers’ Word Festival is held on Saturday 26 November.

Where:

Woollahra Council, 536 New South Head Road, Double Bay

Tickets:

$20 (submission of work)

$40 (submission of work + festival entry)

$25 (general festival entry);

$20 (Woollahra Library Friends festival entry)

Booking: Call 9391 7100.

Please specify which festival events (talks/workshops) you would like to attend when booking.

Pre-bookings essential, places are limited

mercredi 14 septembre 2011

Journal launch: Southerly

Southerly is delighted to invite you to the launch for its latest issue, 71.1 Modern Mobilities: Australian transnational Writing. There will be readings, wine, nibbles, and general bonhomie. Please join us!

When: Wednesday October 12th 2011, 6 for 6:30pm
Where: Woolley Common Room, John Woolley Building upstairs, University of Sydney
Map: http://www.facilities.usyd.edu.au/oam/blaccess-r01.cfm?fld1=01
RSVP: Tessa at southerlyjournal@gmail.com and let me know if you would like to read

This issue of Southerly focuses on modern mobilities, the movements of people across the globe and the attendant dislocations and complex affiliations. The issue asks how this feature of late modernity dismantles and re-creates notions of identity, home, family, nation and literature. What is the role of writing in this circulation and how does it shape the dynamic mapping of Australia?

The issue includes a range of work deeply engaged with these questions. Bill Ashcroft offers a manifesto of sorts in his call for a new conception of diversity and for literature to produce the “anticipatory illuminations” that enable us to conceive of such possibilities. There are reflections by writers negotiating the movement to Australia and one, by expatriate author Jonathan Bennett now in Canada, that charts the fading of Australian idiom in his work as he becomes increasingly attuned to Canadian English and its writing.

Whatever the direction of the movement, what is striking about all the instances of migration and mobility published here is the individual circumstances and sensibility of each one. Of course, we know this already, don’t we? Or do we? The need to recognise peoples as a collective with shared history, language and identifications, and the need for writers to record and explore these cultural differences is enmeshed with the other need to write the differences within and between categories and collectives.

Each piece of work in Modern Mobilities, from the range of poetry, fiction and non-fiction, negotiates this relentless dilemma and the results are surprising and richly rewarding. Read together, there is a real sense of the way writing can make sense of inherited contexts and histories as well produce “anticipatory illuminations” to create Australia’s diverse future.

Please see our website for further information: www.southerlyjournal.com.au

Exhibition: Ian Waldron Bloodwood Totems


Opening Thursday 22nd 2011 at 6pm

Coo-ee Aboriginal Art Gallery
31 Lamrock Avenue, Bondi Beach


Seminar Thursday 22nd 2011 starting at 6:30pm

Language Learned. Culture Regained - Art, Culture & Language

Seminar 6.30 – 7.00pm with Q&A to follow

Panel:
Ian Waldron, Key Artist
Adrian Newstead, Gallery Director and expert in Indigenous Art
Dr Richard Tipping,
Guest Artist, Sculptor & Poet. Tipping is an expert in text in art. His exhibition Off the Page. Poetic Text as Public Art is currently showing at Customs House, Circular Quay until 9 October 2011.
Dr Bronwyn Eather, Linguist & expert in Aboriginal languages

Spaces are limited for the panel discussion so please RSVP: info@cooeeart.com.au or (02) 9300 9233


Cost: FREE

Coo-ee Aboriginal Art Gallery
31 Lamrock Avenue, Bondi Beach

Language and culture are integral to Ian Waldron's art practise. The artist does not speak Kurtjar fluently, so his mother impressed the importance of learning the language and keeping the culture, upon him. Words from the Kurtjar language therefore appear in many of the artist's paintings. This is as much to honour his language, as it is a comment about preserving it. Themes of language and lost languages are a strong component of the artist's work.

This seminar brings together a panel of experts who use language and text in poetic ways to connect culture and language. ‘Language Learned, Culture Regained’ is a theme Ian Waldron has explored extensively through his art practise.

Dr. Richard Tipping is a contemporary artist who uses language and wordplay in a contemporary public art context. He is well known for his witty and playful re-interpretations of road signs and many large public sculptures and installations.

Dr. Bronwyn Eather is an expert in Aboriginal languages, as well as Asian, Arabic and European language. She has taught voice studies at NIDA and linguistics at the University of Sydney. She is currently Principal Linguist at Appen Butler Hill Inc.

The panel will discuss how text can be used in art to explore ideas and the importance of language to culture.

"Waldron's work is highly individual, and it belies the assumption that Aboriginal
art always features dots"
K. Strickland, Australian Financial Review 2010

About the Artist and Exhibition
Ian Waldron is a Kurtjar man whose traditional country is located between Karumba and the Mitchell River on the Gulf of Carpentaria. His strong connections to country provide material and inspiration for much of his work.

Waldron won the prestigious Glover Prize in March 2010, representing the first Indigenous artist and the first artist from mainland Australia to win this national award for landscape painting. Back in 1995 he won the Telstra Open Painting Category Award in the National Aboriginal and Torres Strait Islander Art Award. Since that time his works have been included in several nationally recognised prizes including the Archibald, Wynne & Dobell, and acquired into significant public and private collections including the Parliament House Collection and the Museum and Art Gallery of the Northern Territory.

The bloodwood tree, a eucalyptus encased in a thick, rough bark, is one of the important species of flora found on the artist’s traditional country. It is a hardwood and often used for making didgeridoos. The tree gained its name from the red sap that flows from it when cut. Strong colour is used by Waldron to represent the various stages of growth and change in the tree through the seasons. Yuaarr is the name for the Bloodwood tree in Kurtjar language.

The title Bloodwood Totem reflects the artist’s desire to explore the relationship between the physicality of the landscape; the cultural beliefs and traditions of Aboriginal Australians; and the loss of language from traditional culture. The Bloodwood is the totem of the Kurtjar clan. The black cockatoo is the artist’s totem.

Exhibition: Clifford Bayliss


Clifford Bayliss 1912-1989

Paintings, drawings and gouaches
1940s - 1980s
from the estate of the artist, London

17th September - 8th October 2011


You are invited to preview this exhibition
and meet Josephine Bayliss
on Friday 16th September from 6 to 8 pm

download catalogue



Bridget McDonnell Gallery
130 Faraday Street Carlton 3053
bridgart@optusnet.com.au
ph: 03 9347 1700

hours: Wed - Sat 11- 6 pm

Inaugural issue of New Scholar now available

Volume 1 Issue 1 of New Scholar: An International Journal of the Humanities, Creative Arts and Social Sciences has been published. The issue, ‘New Scholarship?’ can be accessed here and interested parties can also register as readers of the journal, in order to join the email list. The Editors (Alice Healy-Ingram and Bridie McCarthy) will be distributing the CFP for the next issue

very soon and welcome ideas for future special issues.

Framing Lives: Conference of the International Auto/Biography Association


The Humanities Research Centre and National Centre of Biography at the Australian National University, in partnership with the National Portrait Gallery, present Framing Lives, the 8th Biennial Conference of the International Auto/Biography Association.

The field of auto/biography and life narrative studies is dynamic and interdisciplinary. Founded in 1999, the International Auto/Biography Association (IABA) is the leading international forum for scholars, critics and practitioners. The Framing Lives conference will feature distinguished international speakers and events at the National Portrait Gallery and other national collecting institutions.

Framing Lives draws attention to the extraordinary turn to the visual in contemporary life narrative: to graphics and animations, photographs and portraits, installations and performances, avatars and characters, that come alive on screens, stages, pages, and canvas, through digital and analogue technologies. At the same time, framing suggests the ways that lives are lived, recorded and viewed through multiple frames including those of language, politics, place, gender, history and culture. It draws attention to the multiple ‘I’s of auto/biographical representations now, and the various fields of vision, lines of sight, and points of focus for critics, artists, writers, historians and curators in the life worlds of auto/biography. Conference themes include depiction and display, ethics and rights, living archives, place and displacement, media and celebrity, digital identity and social media, and creative life narrative.

CONVENORS:

Paul Arthur (Deputy Director, National Centre of Biography, Australian National University)

Rosanne Kennedy (Associate Professor and Head of Discipline, Gender Sexuality & Culture, Australian National University)

Gillian Whitlock (ARC Professorial Fellow, School of English, Media Studies & Art History, University of Queensland)

SUBMISSION GUIDELINES:

We welcome paper and panel proposals that connect with the conference themes as well as wider aspects of biography, autobiography and life narrative in the 21st century.

For individual papers, please submit a one-page proposal including full name, title, institutional affiliation (if applicable), email address, postal address, abstract (max 300 words) and bio (max 200 words) by email to papers@theiaba.org.

For panel proposals, please submit a short panel description (max 200 words) along with individual paper proposals for each presenter by email to papers@theiaba.org.

CONFERENCE ENQUIRIES:

Contact: Leena Messina, Programs Manager, Humanities Research Centre, Australian National University

Email: leena.messina@anu.edu.au

Phone: (+612) 6125 4357

WEB LINKS:

Framing Lives conference website: http://www.iaba2012.com

International Auto/Biography Association: http://www.theiaba.org

Humanities Research Centre, Australian National University: http://hrc.anu.edu.au

National Centre of Biography, Australian National University: http://ncb.anu.edu.au

National Portrait Gallery, Canberra, Australia: http://www.portrait.gov.au

CONFERENCE THEMES:

We are particularly interested in paper proposals that address the following themes but also encourage submissions that deal with wider aspects of the practice and theory of auto/biography and life narrative:

1. Depiction and display

--Histories and analyses of visual representations of lives

--Lives as art, including portraiture, sculpture, photography, film and new media

--The life of objects and things in storytelling

--Curating online collections

--Adaptation and remediation

--Eavesdropping and voyeurism

--Framing, filtering, capturing, exposing, colouring lives

--Digitisation, simulation, authenticity

2. Ethics and rights

--Human rights, privacy, advocacy, law

--Rights of biographical subjects

--Trauma, grief and testimony

--Editing and ethics

--Disability, illness, therapy and recovery in life narrative

--Environmental biography

--Posthuman lives

--Gender and sexuality

--Secrets and lies

3. Living archives

--The archive within: genetics, genomics, neurology, emotions

--Archival legacies: remembering and forgetting

--Managing archival material: methodologies, policies, selection, metadata

--Oral history theory and practice

--Life story consent, copyright, constraints

--Preserving ephemera

--Institutional partnerships

--Transnational archives

--Transgenerational archives

4. Place and displacement

--Translating ‘life’ and lives across cultures and languages

--Indigenous lives

--Diasporic lives

--Immigrant lives

--Transnational lives

--Minoritarian life narrative

--Genealogies

--Witnessing publics

5. Media and celebrity

--Press, radio, television, film and music biographies

--The media as biographer

--Creating notoriety

--The changing nature of fame

--Collective memory and biography

--Refashioning identity: bodies in the media

--Confessional modes in public life

--Obituaries

6. Digital identity and social media

--Cyberlives

--Auto/graphics

--Social media audiences

--Digital relationships, communities, intimacy

--Epistolarity before and after email

--Avatars, animation, machinima

--Transfigured bodies

--Pocket lives: iPhone, iPad, Android, apps

7. Creative life narrative

--New hybrid forms of life narrative

--Approaches to constructing the autobiographical self

--Memoirs, journals, diaries, reflections

--Autoethnography

--Scholarship versus creative practice

--Fantasy lives

--Personal journeys

--Digital storytelling

mardi 13 septembre 2011

RICHARD CRABTREE REVIEWS "THE GREAT AUSTRALIAN NOVEL"

RICHARD CRABTREE REVIEWS THE GREAT AUSTRALIAN NOVEL

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The Great Australian Novel: A Panorama by Jean-François Vernay (Brolga, 288pp, $24.99) is a jolly romp through the fiction fields of Australia.

Originally designed for French readers, it is now translated for the Australian public by Marie Ramsland.

Aimed at a popular rather than academic audience, it is less a work of scholarly research than a reflection of current fashions.

Inevitably, and certainly unfortunately, some major writers now out of fashion are not mentioned – like that sadly neglected great novelist James Aldridge.

Of the brilliant contemporary comic novelist Morris Lurie we are told only that his parents were Polish.

As well as the on-going text there are feature pages that select various figures for special attention, offering a reflection of Gallic taste or contemporary modishness that may not be to everyone’s satisfaction.

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Jean-François Vernay is a Franco-Australian essayist with a lifelong love of Australian writing. He was the founding editor of Correspondances Oceaniennes, a half-yearly Noumea-based cultural journal and he has published articles and reviews of Australian literature in French and English.

In 2009, Vernay received an Excellence Award from the These Pac jury (le prix These-Pac, Prix Jean-Pierre Piérard) in the South Pacific-Australasia category for his PhD on Koch
Water From the Moon: Illusion and Reality in the Works of Australian Novelist Christopher Koch. (New York: Cambria Press, 2007)

The Great Australian Novel – A Panorama (Melbourne: Brolga, 2010) has a foreword by Nicholas Jose.

Published by Irina Dunn on 14 September 2011.

More info: http://www.irinadunn.com.au/australian-writers-network

Please note that some of James Aldridge's novels are indeed discussed in my book on page 74.

jeudi 8 septembre 2011

Publication: Journal of the European Association for Studies on Australia


Issue 2.2 of the online Journal of the European Association for Studies on Australia has appeared. This is a special issue on Whiteness, guest edited by Katherine E. Russo, Anne Brewster and Lars Jensen.

It can be accessed at http://www.ub.edu/dpfilsa/jeasaissues.html


Contributions to the next general issue, particularly if they have a European connection of any sort, are welcome.
David Callahan Associate Professor (English) Chair of the European Association of Studies on Australia Department of Languages and Cultures University of Aveiro 3810-193 Aveiro PORTUGAL

2012 AAALS Annual Conference: Toronto - Feb. 17-19, 2012


The AAALS calls for papers for its 28th Annual conference to be held in conjunction with ANSZANA in Toronto, ON from February 17 to 19, 2012. As always, the conference will be collegial and open-minded, welcoming papers from many different approaches and contexts. Connections involving any combination of Canada, New Zealand, Australia, and the US will be welcomed. We also are especially interested in papers on Indigenous Australian literature and Maori literature. Welcome as well will be papers dealing with Patrick White, whose centennial is in 2012 and who is in the midst of an exciting reconsideration. As always, submissions on any other aspect of Australian, New Zealand, or South Pacific literature, culture, or film is welcomed: local, regional, national, international, transnational, as well as comparative papers on Australian literature with respect to other traditions. Please send 200 word abstracts to Nicholas Birns at birnsn@newschool.edu by December 1, 2011.

lundi 5 septembre 2011

Charles Billich and his surrealist escapism


Charles Billich and his surrealist escapism.

Charles Billich is one of the senior figures of Australian contemporary painting. His style can be defined as a skilful blend of figurative (hence the realist note) and abstract painting, with a graphic design inspiration which gives his works the shine of refinement, the whole being sometimes enhanced by a surrealist touch which he finds useful to convey his metaphysical ambitions. Often, his oils on canvas give the impression of being soft and light watercolours, an effect the artist sometimes combines with the chiaroscuro technique.

To each master his muse: Picasso immortalized his Dora, Dalí extolled his Gala; Billich, as for him, has his Christa who, since their first encounter in 1985, has been for many years a great source of inspiration for many of his nudes. Billich is one of these painters who want the nude to be a sensual art form. As he puts it, “My erotica style is more about aesthetic clarity than explicit. My proclivities are more sentimental than carnal. Introspective rather than descriptive, playful rather than casual.”

The spectator will find it hard to see lewdness in Billich’s nudes: women’s curves are rather scarce and their gaze is never lascivious. His sitters are often depicted as rather slim, slender and graceful. His colours – red and orange being the predominant hues – convey all the passion that transpires in these poses. The spectator comes close to be unwittingly placed in the shoes of a voyeur with a soft focus reminiscent of the dream-like quality found in surrealism (1).

Billich’s work is based as much on the persistence of his mental vision drawn from memories as on an effort of his imagination. Images come to his mind in the guise of altered, if not “hyperbolated”, memories. The artist has an explanation for it: “I manipulate reality. I turn it into some kind of symbolic analysis which works on several levels of meanings. There's a touch of irony in what I paint as there is in all surreal art, it contains a fair amount of humour”

In Rings of Confidence (1996), Billich takes his revenge on a childhood passion of his that he was not able to harbour for a long time, namely his short-lasting ballet experience in the Rijeka Opera Corps. It is this very obsession which resurfaces a decade later with Bolshoi White Nights (2007), a painting with surrealist overtones that discloses the painter’s personal fantasy – escaping the tyrannical weight of gravity. As Billich points out, “So I dream of a world free of gravity where space has a totally different meaning and our faculties mimic those of the geckos […]. With Agravitationism I have achieved the management of complexity, winning over the spatial restriction of linearity, evading the boundaries of the canvas, freeing myself of physics and logic in order to propagate my visual message in all directions.”

We can go as far as to say that, generally, Billich’s surrealist inclination is the mirror of his obsessions, fantasies and abortive plans. In Rings of Confidence, the painter defies the sad reality of gravity and the limits of the human body by depicting an ethereal ballet in which his figures dance with a light step. The central figure, the only male dancer in the foreground, almost flies to the sky. This could be construed as the artist’s fantasy-packed projection, an attempt to symbolically carry his childhood dream of becoming a principal dancer to a successful conclusion. To find solace, Billich paints with his head in the clouds intoxicated with the fire of his imagination … for the greatest pleasure of his admirers. Perhaps, one could look upon Charles Billich as a star shining continuously at the height of Australian painting.

Jean-François VERNAY specializes in Australian culture. His latest book is The Great Australian Novel – A Panorama (Melbourne : Brolga, 2010).

http://jean-francoisvernay.blogspot.com/2011/08/great-australian-novel-panorama-brolga.html

Notes :

(1) See Jean-François Vernay, « ‘La poésie de la sensualité’ : les nus de Charles Billich », Correspondances Océaniennes 2 : 2 (December 2003), pp. 22-3. Also available on this blog.


Charles Billich ou l’évasion surréaliste


Charles Billich ou l’évasion surréaliste.

Charles Billich est l'un des doyens de la peinture contemporaine australienne. Son style peut se définir comme un savant mélange de figuratif (pour la note réaliste) et d'abstrait, sur fond d'art graphique qui donne à ses oeuvres un aspect épuré, le tout parfois rehaussé d'une touche surréaliste qui sert ses visées métaphysiques. Bien souvent, ses huiles ont l'effet tendre et léger des aquarelles, un effet que l'artiste allie parfois à l'usage du chiaroscuro, la technique du clair-obscur.

A chaque grand maître son égérie. Si Picasso avait sa Dora, Dalí sa Gala ; Billich, quant à lui a sa Christa qui, depuis leur première rencontre en 1985, a inspiré pendant plusieurs années une bonne partie des nus exécutés par Charles. Billich fait partie de ces peintres de nus qui ont élevé cette spécialité au rang du sensuel. Pour reprendre ses propos : « Mon style d'art érotique relève plus de la clarté esthétique que de l'explicite. Mes penchants sont plus d'ordre sentimental que charnel, plus d'ordre introspectif que descriptif, plus d'ordre ludique que désinvolte ».

Il n'y a rien de sexuel dans ses nus : le regard de la femme n'est pas lascif et les rondeurs se font rares. Ses femmes sont plutôt menues, graciles et gracieuses. Les couleurs à dominante rouge orangé expriment toute la passion qui émane de ces poses. C'est tout juste si le spectateur ne campe pas, malgré lui, le rôle du voyeur dans un flou artistique qui évoque l’onirisme surréaliste (1).

Le travail de l'artiste repose aussi bien sur la rémanence d'images mentales issues de souvenirs que sur un effort d'imagination. Des images s'offrent à son esprit sous forme de souvenirs déformés, voire « hyperbolés ». Billich s'explique ainsi : « Je manipule la réalité. Je la transforme en une sorte d'analyse symbolique qui fonctionne à divers degrés de signification. Il y a une pointe d'ironie dans ma peinture à l'instar de toute œuvre surréaliste, elle contient une bonne dose d'humour ».

Dans Rings of Confidence (1996), Billich prend sa revanche sur une passion d'enfance qu'il n'a pas pu nourrir bien longtemps, à savoir son expérience éphémère du ballet dans la troupe de l'Opéra de Rijeka. C’est cette même obsession qui surgit une dizaine d’années plus tard avec Bolshoi White Nights (2007), une peinture aux accents surréalistes qui trahit le fantasme personnel du peintre : celui d’échapper au poids tyrannique de la gravité. Comme il l’indique, « Alors je rêve d’un monde exempt de gravité où l’espace revêt une signification tout autre et où nos facultés empruntent à celles des geckos […]. Grâce à l’agravitationisme, je parviens à gérer la complexité, en l’emportant sur la restriction spatiale de la linéarité, transcendant les limites de la toile, me libérant des lois de la physique et de la logique afin de diffuser mon message pictural tous azimuts ».

On peut aller jusqu'à dire que, de manière générale, sa pente surréaliste est le reflet de ses obsessions, de ses fantasmes et de ses projets avortés. Dans Rings of Confidence, le peintre défie la réalité de la pesanteur et des limites du corps humain par la mise en scène d'un ballet aérien où tout n’est que légèreté. Le personnage central, le seul danseur masculin au premier plan, s'envole presque au firmament. Il pourrait être analysé comme la projection fantasmatique de l’artiste qui souhaiterait ainsi, de manière symbolique, mener à bien son rêve de danseur étoile. Comme pour se consoler, Charles Billich peint dans les nuages, enivré des feux de son imagination, et ce pour le plus grand plaisir de ses admirateurs. On pourrait voir en lui une étoile qui n’a pas fini de briller au firmament de la peinture australienne.

Jean-François VERNAY, spécialiste de la culture australienne, est l’auteur de Panorama du roman australien des origines à nos jours (Paris : Hermann, 2009).

http://jean-francoisvernay.blogspot.com/2011/08/panorama-du-roman-australien-des_24.html

Notes :

(1) Cf. Jean-François Vernay, « ‘La poésie de la sensualité’ : les nus de Charles Billich », Correspondances Océaniennes 2 : 2 (décembre 2003), pp. 22-3. Aussi disponible sur ce blog.