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mardi 31 mai 2011

Article: Le trait (d'esprit) de Michael LEUNIG.


LE TRAIT (D’ESPRIT) DE MICHAEL LEUNIG.

Michael Leunig a décidément le vent en poupe. Récipiendaire d’un diplôme honoraire de l’université de La Trobe à Melbourne en 1999 ; invité du Festival de Sydney en janvier 2002 ; ce dessinateur a aussi fait l’objet d’une exposition à la State Library of Victoria (décembre-février 2004) et le quotidien de Melbourne, The Age, publie chaque année un calendrier illustré par ses soins. Comment expliquer un tel parcours ?

De la caricature au dessin humoristique.

Tout a commencé lorsque Michael Leunig abandonna la caricature politique en plein conflit du Viêt-Nam pour créer un nouveau personnage pastichant les dernières vignettes des albums de Lucky Luke : un homme, une théière en guise de couvre-chef, chevauche un canard en direction du couchant. Selon l’auteur, le canard symbolise l’espièglerie et un sentiment de liberté tandis que la théière représente tant la chaleur d’un foyer familial que le familier. Puis vinrent deux autres personnages : Monsieur Bouclette (Mr. Curly), un casanier qui habite une contrée où les accidents révèlent la bonne nature des gens, et l’explorateur Vasco Pyjama dont les découvertes alimentent une déprime quasi chronique. Michael Leunig nous parle droit au cœur. A la vue d’une flaque de pétrole, il nous montrerait probablement les reflets irisés qui l’illuminent. Il nous encourage à chercher le bon côté de nos mésaventures, vante les mérites d’une imagination diffluente, et prône un retour à l’ordre naturel (pourquoi regarder un lever de soleil à la télé lorsqu’il suffit de se pencher à sa fenêtre pour le voir dans ses tons naturels ?). Mais ce poète laisse aussi entrevoir les dérives d’une société de consommation qui arrive à saturation. Tout y passe, ou presque : le pouvoir hypnotique de la boîte cathodique, le matérialisme poussé à l’excès avec une arche qui sauvera la technologie, le despotisme de certaines lois, les traditions sacrifiées sur l’autel du modernisme, pour ne citer qu’eux. Parfois, Michael Leunig se montre l’âme d’un philosophe lorsqu’il s’interroge sur notre besoin de croire et de fuir notre misère quotidienne, sur notre incapacité à reconnaître l’absurdité de certaines situations

De l’image fixe à l’image mobile.

Outre ses nombreux ouvrages consacrés à l’image fixe, la commercialisation d’un DVD témoigne de l’intérêt de l’artiste pour l’exploitation de l’image mobile. Leunig Animated (Fruitcup Film Pty Ltd, Special Broadcasting Service Corporation, NSW, 2001) est en fait une adaptation audiovisuelle de ses dessins extraits de son premier recueil publié en 1974, The Penguin Leuning. L’on y retrouvera les parodies de l’arche de Noé et des Mages, le repoussant homme-éléphant, le scandale du cheveu dans la soupe, le livre aux papillons, le lever de soleil observé à la télévision, le pique-nique dans un port désaffecté, l’évolution darwinienne de l’homo sapiens, le cadeau saugrenu de Noël et l’histoire de la fille qui se façonne une poitrine avec le séant d’un homme ! L’artiste ne dénatura pas le caractère énigmatique de ses personnages en ne leur laissant presque jamais la parole – mime, onomatopées, accompagnement musical, ou narration en voix off ; tous les subterfuges sont bons pour rendre avec justesse l’esprit des dessins originels. Pour ce qui est de la transposition à l’image mobile, Leunig a su développer une vignette en un scénarimage qui ne trahit pas l’effet de ses images fixes. Cette entreprise de dilution lui permet de différer l’effet de surprise, accentuant ainsi le contraste entre les attentes du spectateur et le coup de théâtre qu’il donne à ses petites histoires. D’un point de vue esthétique, l’on remarquera que l’artiste a soigneusement retravaillé ses personnages à la silhouette moins frêle, au trait plus affirmé. Toutefois, si l’on peut dire qu’il a conservé un trait, c’est fort heureusement son trait d’esprit !

BIOGRAPHIE :

Fils cadet d’une famille de cinq enfants, Michael Leunig (né en 1945) grandit dans la banlieue prolétaire est de Melbourne. Ses premiers dessins furent publiés par Lot’s Wife, la gazette de l’Université de Monash qu’il fréquenta pendant un temps. A la fin des années 1960, il fut recruté par Newsday, puis travailla pour d’autres journaux comme Nation Review, The Age et The Sydney Morning Herald. Père de quatre enfants, il vit actuellement sur une ferme en compagnie de sa seconde épouse Helga et de leurs deux enfants communs.

Jean-François Vernay.

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