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lundi 29 juin 2009

Nouvelle parution


Parution de Panorama du roman australien des origines à nos jours

de Jean-François Vernay


Recension dans le numéro inaugural d’une revue littéraire néo-calédonienne.

Sylviane Soulard, “Parution de Panorama du roman australien” in Episodes 1 (juin 2009), pp.56-60.



« Comme un roman »

C’est ainsi que se lit l’ouvrage de Jean-François Vernay alors même qu’il traite… du roman, par un effet de mise en abyme qui ne peut que charmer le lecteur. En effet, si celui-ci est parfois rebuté à la perspective de lire un essai, un exposé, convaincu de s’attaquer à une chasse gardée des universitaires, qu’il oublie ses préjugés, en tout cas en ce qui concerne cet ouvrage-là, et qu’il se rassure : la teneur de cet essai, de même que son style souvent fluide, son lexique accessible à tous, font de sa lecture une partie de plaisir. Le pédantisme n’est pas une preuve d’intelligence, ni d’érudition, et J-F Vernay a su éviter cet écueil. Il n’est pas pour autant tombé dans le travers de la vulgarisation, au sens réducteur du terme, le lexique employé est précis, voire technique quand nécessaire, toujours compréhensible cependant.

Une lacune enfin comblée

Jusqu’à aujourd’hui, le flou, le ponctuel et l’amalgame dominaient l’appréhension que les francophones avaient du roman australien ; quelques noms, quelques titres émergeaient au gré de succès médiatiques, sans cohérence et détachés du tissu social, culturel et littéraire qui les avait vus naître. Le lecteur français éprouvait un sentiment d’ignorance, comme s’il était perdu dans cet immense continent. Désormais, notre approche du roman australien ne sera plus jamais la même. J-F Vernay a donc comblé une lacune et il l’a fait brillamment, on peut pressentir que l’étude qu’il nous livre deviendra un ouvrage de référence.

Une littérature en mouvement

Cet ouvrage n’est certainement pas un catalogue ou un résumé des romans évoqués : il traduit un souci constant de l’évolution chronologique, des liens de la littérature avec l’histoire de l’Australie, il nous propose une littérature en mouvement. Il présente avec précision, alliant les notions abstraites et les références concrètes, les mouvements littéraires internationaux ou spécifiques de l’Australie dans lesquels s’inscrivent les romans. À titre d’exemple, quand l’auteur écrit :

Le cénacle des « bohémiens du Bulletin », pour reprendre le titre d’un ouvrage de Norman Lindsay était donc né en prenant le contre-pied du roman sentimental avec un réalisme affiché qui rimait alors avec nationalisme,

en une phrase on ne peut plus simple, il présente trois sensibilités littéraires différentes, « sentimentale », « réaliste », « nationaliste », tout en mettant en relief les rapports entre ces comportements : la naissance, la chronologie, les jeux d’opposition. Sans pédantisme mais sans didactisme primaire, l’auteur parvient à faire passer des notions moins simples qu’il n’y paraît.

Cette aptitude à transmettre des notions n’exclut pas le petit trait original, la création, disons… poétique ou humoristique : les deux mutins rescapés du Batavia et exilés en Australie – auparavant considérée comme terre paradisiaque – sont désignés comme

les deux premiers serpents à ramper dans ce jardin d’Eden.

Mais ce trait est au service d’une idée car une thèse, une prise de position parcourt toujours cet ouvrage. L’expérience montre qu’un livre, ou une conférence, qui serait dépourvu de ce fil rouge, condamne le public à l’ennui, et l’étude à l’oubli.

De l’auteur au lecteur : ça commence bien ! Quel cinéma !

En bon lecteur de roman, commençons par le début. Le sommaire augure bien de la qualité de l’étude, il semble annoncer que la littérature romanesque australienne est passée au peigne fin, que tous les mouvements littéraires sont explorés, il traduit une richesse que la lecture de l’ouvrage ne démentira pas.

Puis, dès les premières pages, on est sensible à l’intérêt que présente l’interrogation posée par J-F Vernay à lui-même sur les démarches et plans envisageables pour son ouvrage, interrogation suivie d’une justification des choix opérés ; ainsi le lecteur, d’emblée, chemine-t-il aux côtés de l’auteur, à la recherche du meilleur plan, éprouvant le sentiment de participer à la genèse de l’exposé, il est en quelque sorte partie prenante, et ce début signe déjà une rencontre entre l’auteur et le lecteur.

L’autre trouvaille qu’offrent ces pages préliminaires consiste à établir un parallèle entre littérature et cinéma et, à emprunter au langage cinématographique les titres donnés aux inserts. Toujours dans un souci d’honnêteté intellectuelle, J-F Vernay justifie ce transfert hardi mais réussi : le lecteur sait immédiatement ce qui l’attend. Si la page est consacrée à l’auteur/livre, elle se nomme « gros plan », si elle concerne les grands romanciers dominants, il s’agit de « contre-plongée », si elle fait le point sur un auteur précis important, elle s’intitule « panoramique » – mais nous n’irons pas jusqu’à conseiller de ne lire que les panoramiques ! – est-ce la métaphore cinématographique qui a soufflé à J-F Vernay le titre de son ouvrage : Panorama… ?

De l’auteur au lecteur : « Jour de fête »

Une connivence s’établit entre l’auteur et le lecteur puisque, après quelques pages, le lecteur peut s’enorgueillir de connaître, contrairement au commun des mortels, la spécificité du prix White qui « récompense un auteur lésé de l’appréciation de son œuvre ». L’évocation de prix littéraires, souvent ennuyeuse, prend ainsi vie et signification.

L’un des objectifs de cet essai est de donner, tout simplement, l’envie de lire ces romans australiens, les débuts d’histoire remplissent cette mission :

Tout commença il y a quinze ans lorsque Bernard Poe organisa sa première partie de cartes hebdomadaire entre potes,

comment résister à l’envie de… connaître la suite ? De même, par exemple, le lecteur est-il avide de goûter aux œuvres situées en Asie, qu’évoque le Panoramique sur Christopher Koch.

Les évocations, brèves, mais suggestives, d’histoires, de personnages, de lieux, ces fourmillements de vie, donnent au lecteur le désir de déguster le roman, frustré qu’il est par ce goût de trop peu que J-F Vernay distille avec parcimonie – mais comment le lui reprocher ? – et avec cruauté.

La lecture devient fête car c’est une histoire que racontent ces pages : elles font vivre sous nos yeux un pays, des hommes de chair et des idées, tant il est vrai que la littérature se repaît de la vie des hommes, des peuples et de leur histoire.

Et c’est à travers des faits précis que J-F Vernay aborde des questions de fond sur le roman, sur sa vocation, sur sa liberté et sur son rapport à la société. Ainsi, au nom de quoi peut-on interdire à un non-Aborigène d’écrire sur les Aborigènes ? Et cette censure ne risque-t-elle pas de freiner les auteurs aborigènes eux-mêmes ?

Une telle interrogation posée par l’auteur suffit à prouver, s’il en était besoin, qu’il n’hésite pas à s’engager ; nous n’avons pas affaire à une hagiographie et J-F Vernay ne se berce pas et ne nous berce pas d’illusions, témoin cette déclaration située dans l’épilogue de l’ouvrage :

Ayant pleinement conscience de son statut de denrée commerciale soumis à la logique mercatique, la prose romanesque publiée par les grandes maisons d’édition fait à présent l’objet d’une simplification outrancière.

Les prises de position dont témoigne cet ouvrage reflètent la sensibilité et la hauteur de vue de son auteur qui, par-delà l’objectivité, et, pourrait-on dire, la discrétion inhérentes à une recherche érudite, s’engage et, partant… existe.

Il fallait faire ce « panorama », le roman australien le mérite. Le projet pouvait sembler audacieux, ambitieux, trop peut-être. J-F Vernay vient de nous prouver que ce n’était pas mission impossible, qu’il ne nous livrait pas un film de science-fiction. Cette étude est complète, précise, circonstanciée et, redisons-le… attrayante. Et c’était peut-être là le plus difficile !

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